La pirogue est une île, l’île est une pirogue

 

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L’éclat et la chaleur des rayons du soleil traversent le fare et me ramènent quelque part à mon enfance, lorsque le soleil balayait les brins d’herbes couverts de givres, jusqu’à la fenêtre de ma chambre. C’est étrange comme les choses nous ramènent à des souvenirs inattendus.

 

Tauarii est assis à l’arrière, sa guitare se dessine sur les crêtes grisonnantes et paisibles des vagues, dans la lumière du matin. Le vent s’est un peu calmé mais il nous pousse inlassablement vers notre prochaine escale portuaire, Fidji.

 

La vie à bord évolue normalement. Nous avons eu une réunion la nuit dernière pour parler des quelques choses qui sont survenues pendant notre séjour aux îles Samoa. C’est toujours le plus grand défi sur le va’a, de vivre parmi un groupe de personnes sur un espace restreint. Le miroir des relations peut être difficile à affronter parfois, mais si nous ouvrons bien les yeux, nous voyons que notre propre comportement a un impact sur les personnes qui nous entourent. Comment elles y répondent, ce qui provoque chez nous des réactions. La clef biensûr, c’est de communiquer, la façon dont nous communiquons, et quand nous communiquons… Je pense qu’il serait juste de dire que la force d’une communauté réside, pas nécessairement dans la force des individus mais dans la façon à laquelle ils réagissent aux conflits. Le conflit, c’est comme la sexualité, ça arrive et ce n’est pas une mauvaise chose si ça se passe comme il se doit (les relations sexuelles sont interdites sur le va’a, la pirogue est un site sacré, tapu). Alors nous nous sommes assis tous ensemble et nous avons parlé des problèmes, chacun s’est exprimé à un moment, avec émotion, des propos clairs et fermes ont été prononcés et surtout, tout le monde a écouté. Parfois, tout ça, c’est nécessaire pour résoudre les choses, non pas être d’accord, ce n’est pas toujours possible mais juste pour écouter et les accepter.

 

Cette année, nous avons été témoins de deux moments révolutionnaires dans l’Histoire (plus sans doute mais je pense à ces deux moments précis). La Reine d’Angleterre a présenté ses excuses au peuple irlandais pour les préjudices du passé, et le gouvernement américain a également demandé le pardon à un groupe ou un pays. Je ne sais plus quel pays mais les Etats Unis étant un pays impérialiste de longue date, nous n’avons que l’embarras du choix (il me semble que c’était envers les Américains natifs qui ont subi la politique d’extermination de leurs peuples dans les années 1800 ; ce qui mérite certainement des excuses)

 

C’est révolutionnaire. Et alors que les excuses sont devenues banales, elles signifient aussi la reconnaissance d’un fait. La prochaine étape étant bien sûr l’action, mais c’est une toute autre discussion.

 

La guérison de l’environnement ne se fera qu’avec la guérison de nos peuples. Si nous portons attention au monde qui nous entoure et que nous faisons en sorte de rectifier les erreurs du passé, alors tout ira pour le mieux.

 

Sur notre pirogue, nous bâtissons chaque jour notre communauté, c’est un travail quotidien et nous progressons bien.

 

Dunc & Faafaite

He va’a he moku, he moku he va’a – La pirogue est une île, l’île est une pirogue.

 

 

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