Tout un peuple à Vaima
Deux mamies assises sur le muret, cigarettes roulées au bout des doigts, les ventres sortant et les cuisses croisées, des hommes en cercle, le long du bras de Vaima, torses nus, maigres et gros, des femmes qui se lavent les cheveux au shampoing Palmolive, l'odeur du savon, de la cigarette, trois sons de cloches, de musiques, les derniers tops locaux, les reprises en reggae, les enfants qui sautent du rocher, et la foule.
Des voitures à perte de vue, garées le long de la route, l'odeur des grillades d'abats et de frites, les paquets de chips qui traînent, un groupe de femmes jeunes et rondes assises dans le petit bassin de Vaitu'ana, un chignon ici, des cheveux lâchés là, un short mouillé qui colle aux fesses, un pareu enroulé autour des hanches. Une vieille avec un short cycliste assise sur un rocher, qui observe silencieusement les enfants chahuter. Et moi avec Orimai, ma fille. Ce bébé nu, plein d'extase, qui rit aux éclats dans mes bras, je saute dans l'eau avec elle, une anguille tigrée glisse à mes pieds, elle crie "poisson mama poisson!". Je lui pince le nez et penche sa tête en arrière, la plonge toute entière dans l'eau fraîche de Vaima, elle se laisse faire, confiante. Elle se laisse faire, sans peur, douce et heureuse. Une autre mère plantureuse suit son enfant avec une bouée, elle a les cheveux bleus noirs, et la peau cuivrée, elle semble aussi forte qu'un homme, et soucieuse comme la mère, celle qui se dit, qu'il faut s'en aller parceque la journée n'est pas terminée, qu'il y a des choses à faire. Elle essore un tee shirt et demande l'heure, juste pour dire qu'il faut y aller.
Un groupe de jeunes va se cacher un peu plus loin, de la fumée sort des feuillages. Une souris dissimulée dans l'herbe haute, ose s'aventurer sur le muret pour tirer à elle quelques morceaux de pains laissés par les baigneurs. Et moi, j'enroule Orimai, tremblante, dans sa serviette, je la sers contre moi jusqu'à ce que la chaleur la gagne, les rayons du soir nous rassurent et nous nous asseyons toutes les deux, en observant le spectacle authentique, beau et vivant, de tout un peuple à Vaima.
